Pourquoi continue-t-on à croire une chose après qu’elle a été démentie ?
En 1954, une secte a vu la fin du monde ne pas arriver à la date prévue. La plupart des membres ont gardé leur foi, et certains l’ont dite renforcée.
▶ Lancer l'histoireLes psychologues parlent de persévérance des croyances : garder une croyance malgré des informations nouvelles qui la contredisent nettement. Ses causes restent mal connues, mais plusieurs explications dominent. Festinger a proposé que nous recherchons une cohérence psychologique interne : une contradiction est inconfortable, et nous sommes poussés à la réduire, quitte à rejeter la preuve plutôt que la croyance. Peter Marris a comparé l’abandon d’une conviction au travail de deuil, et Thomas Kuhn a rapproché le changement d’idées de l’effort qu’il faut pour voir autrement une image ambiguë.
La première étude sur cet effet a suivi une secte dont les membres croyaient que le monde finirait le 21 décembre 1954. Quand rien ne s’est passé, la plupart ont gardé leur foi. Ils ont refusé de voir dans la prophétie ratée une preuve contre elle, et certains ont même dit avoir une foi plus forte qu’avant.
On retrouve ce schéma bien loin des prophéties. Dans une étude, des participants ont reçu une calculatrice truquée pour donner des résultats de plus en plus faux, et environ la moitié ont fait les sept problèmes sans lâcher l’idée qu’une calculatrice ne se trompe jamais. Dans une autre, des scientifiques titulaires d’un doctorat ont suivi un manuel qui leur apprenait une formule rendant les sphères 50 % plus grosses qu’en réalité. Ils ont ensuite rempli d’eau une vraie sphère et mesuré son volume, deux fois, et tous sauf un se sont accrochés à la formule.
Corriger les gens aggrave-t-il les choses, ce qu’on appelle un « effet retour de flamme » ? Une revue de 2020 a constaté des échecs généralisés à le reproduire, et pour la plupart des gens, une vérification des faits a très peu de chances de se retourner contre eux. Brendan Nyhan, l’un des chercheurs qui avaient proposé cet effet, a écrit en 2021 que la persistance de la désinformation tient sans doute à d’autres causes. Le physicien Max Planck était plus direct : selon lui, une vérité scientifique nouvelle l’emporte moins en convainquant ses opposants que parce qu’une nouvelle génération grandit en la connaissant.

La calculatrice truquée
- Sept problèmes, des réponses de plus en plus fausses exprès
- Environ la moitié n’ont jamais lâché l’idée qu’une calculatrice est infaillible
La formule de la sphère
- 19 scientifiques mesurent une vraie sphère avec de l’eau
- Tous sauf un gardent quand même la formule fausse
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Récap
Personne ne sait exactement pourquoi les croyances persistent, mais une idée classique est que la contradiction met mal à l’aise, si bien qu’on rejette parfois la preuve plutôt que la croyance.
Le fait surprenant · Des scientifiques qui avaient mesuré eux-mêmes le vrai volume d’une sphère ont presque tous gardé la formule fausse qu’ils venaient d’apprendre.
Sources (1)
Pas de source, pas d'affirmation. Chacun des 18 faits de cette leçon renvoie à au moins une de ces sources.