Vache sacrée ou sacrifiée : pourquoi les religions divergent-elles ?
La rumeur de cartouches enduites de graisse de vache et de porc a joué un rôle dans une révolte en Inde, en 1857.
▶ Lancer l'histoireLes bovins pèsent lourd dans bien des religions, mais leur sens dépend des principes de départ de chaque tradition. Dans l’hindouisme, le jaïnisme et le bouddhisme, ils sont considérés comme sacrés, et ce respect repose sur l’ahimsa, la non-violence envers tous les êtres ; des lois interdisent leur abattage dans la plupart des États indiens. Dans la Bible hébraïque et dans l’islam, au contraire, les bovins apparaissent comme des sacrifices rituels ou comme une viande permise sous des règles d’abattage strictes, et adorer un veau d’or y est condamné comme une grave offense envers Dieu. Même animal, premiers principes très différents.
Dans l’hindouisme, l’ahimsa est déjà mentionnée dans la Chandogya Upanishad, vers 800 avant notre ère. Le Rigveda appelle les vaches laitières « aghnya », celles qu’on ne doit pas abattre, et la mythologie hindoue raconte Kamadhenu, la miraculeuse « vache d’abondance » vue comme la source de toute prospérité. Plusieurs chercheurs y ajoutent une explication économique : le lait, la bouse comme combustible et engrais, et le travail des bovins aux champs.

Cette vénération a eu un poids politique. En 1857, des cipayes hindous et musulmans des armées de la Compagnie des Indes orientales en vinrent à croire que leurs cartouches de papier étaient enduites de graisse de vache et de porc, alors qu’il fallait mordre la cartouche pour charger le fusil. Le porc est interdit en islam, la vache vénérée chez les hindous : les soldats conclurent que la Compagnie les forçait à enfreindre les règles de leur religion. Ils se mutinèrent, et la vénération de la vache joua un rôle dans la révolte des cipayes de 1857. Plus tard, Gandhi fit de la protection de la vache un symbole de non-violence envers toute vie : « Je la vénère et je défendrai cette vénération contre le monde entier. »
Le jaïnisme et le bouddhisme arrivent au respect des bovins par leurs propres principes : les sutras jaïns enseignent que tous les êtres vivants aiment la vie et aspirent à vivre, et le bouddhisme compte le refus de tuer des êtres vivants parmi ses cinq préceptes. Ailleurs, la Bible hébraïque décrit une vache rousse sans défaut brûlée pour que ses cendres purifient ceux qui avaient touché un cadavre, l’islam nomme sa plus longue sourate « La Vache », et le zoroastrisme voit dans l’esprit de la vache, geush urva, l’âme de la Terre.
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Récap
Que les bovins soient protégés ou sacrifiés dépend des premiers principes de chaque tradition, comme l’ahimsa dans les religions indiennes.
Le fait surprenant · Au XIXe siècle, des affiches populaires indiennes montraient Kamadhenu, la vache d’abondance, avec tous les grands dieux et déesses hindous en elle.
Sources (1)
Pas de source, pas d'affirmation. Chacun des 21 faits de cette leçon renvoie à au moins une de ces sources.