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Pourquoi certains artistes touchent-ils une part quand leur œuvre est revendue ?

Une scène de campagne s’est vendue 553 000 francs lors d’enchères en 1889, pendant que la famille du peintre vivait dans la pauvreté. Un nouveau droit français a suivi.

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Dans certains pays, un artiste ou ses héritiers ont légalement droit à une somme chaque fois qu’une de ses œuvres est revendue. C’est le droit de suite, pensé pour que l’artiste profite lui aussi de la valeur croissante de son travail, au lieu de voir seuls les collectionneurs s’enrichir. Selon Renaud Donnedieu de Vabres, il est né de l’histoire d’un seul tableau : L’Angélus de Jean-François Millet.

Le tableau L'Angélus de Jean-François Millet, montrant deux paysans qui s'arrêtent dans un champ au crépuscule pour prier, avec un clocher d'église à l'horizon.
L’Angélus de Jean-François Millet : vendu 1 000 francs en 1860 et 553 000 francs en 1889, pendant que sa famille vivait dans la pauvreté.Photo: Jean-François Millet · Public domain

Millet achève vers 1859 cette scène de deux paysans inclinés au-dessus d’un panier de pommes de terre pour la prière du soir. En 1860, le tableau se vend 1 000 francs ; en 1881, un collectionneur le paie 168 000. Millet meurt en 1875, et les grosses sommes arrivent après lui. À la vente Secrétan, à Paris en 1889, le Louvre et l’American Art Association se livrent une bataille d’enchères qui pousse le prix à 553 000 francs, et un an plus tard les Américains le revendent 750 000. Un mois après cette vente de 1889, Des glaneuses de Millet atteint 300 000 francs. Pendant ce temps, la famille du peintre vit dans la pauvreté.

Ce contraste contribue à pousser la France à proposer le droit de suite vers 1893, avec d’autres inquiétudes : le Salon compte moins, les mécènes privés disparaissent, et il faut défendre l’« artiste affamé ». La France en fait une loi en 1920, apparemment parce que tant d’artistes et de familles ont souffert de la Première Guerre mondiale. La Convention de Berne de 1971 reconnaît ensuite le même principe, et une directive de 2001 impose une version assez uniforme dans l’Union européenne. Le débat continue : au Parlement français, des critiques ont soutenu que ce droit n’est en pratique payé qu’aux enchères et désavantage donc Paris face à Londres ou New York. Les États-Unis suivent la logique inverse, la « first-sale doctrine », qui ne donne à l’artiste aucun profit sur les ventes suivantes.

Quiz

0/3

  1. 1.Quel événement est à l'origine de la création du droit de suite en France ?
  2. 2.En quoi le droit de suite diffère-t-il de la « first-sale doctrine » américaine ?
  3. 3.Pourquoi des critiques au Parlement français estimaient-ils que le droit de suite nuisait au marché de l’art parisien ?

Récap

Là où le droit de suite existe, la hausse de valeur d’une œuvre est partagée avec son créateur ou ses héritiers ; avec la first-sale doctrine américaine, elle ne l’est pas.

Le fait surprenant · L’Angélus est passé de 1 000 francs en 1860 à 750 000 francs en 1890.

Sources (2)

Pas de source, pas d'affirmation. Chacun des 18 faits de cette leçon renvoie à au moins une de ces sources.

  1. [1]Droit de suite · Wikipedia
  2. [2]The Angelus (painting) · Wikipedia
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