Cinéma●●●●●Difficulty 3 of 5

Comment le même visage peut-il sembler affamé, en deuil ou amoureux ?

Le public a salué le jeu bouleversant d'un acteur. Chaque plan de son visage était le même bout de pellicule.

▶ Lancer l'histoire

Parce que ton cerveau complète l'image. Dans les années 1910 et 1920, le cinéaste russe Lev Koulechov a pris un plan du visage impassible d'Ivan Mosjoukine, grande vedette du cinéma tsariste, et l'a alterné avec d'autres plans : une assiette de soupe, une fillette dans un cercueil, une femme sur un divan. Les spectateurs étaient sûrs que l'expression de l'acteur changeait à chaque fois : la faim, puis le chagrin, puis le désir. C'était pourtant exactement le même plan de son visage.

C'est l'effet Koulechov : deux plans à la suite portent plus de sens que chacun pris isolément. Le spectateur apporte ses propres émotions à la séquence, puis les attribue à l'acteur, comme si son visage neutre jouait la scène. D'après son collaborateur Vsevolod Poudovkine, le public s'est extasié devant la performance. Pour Koulechov, la leçon était claire : la force du cinéma tient moins à ce que montre chaque image qu'à la façon dont on les assemble, une idée devenue le socle du cinéma de montage soviétique.

Portrait en noir et blanc de l'acteur Ivan Mosjoukine, cheveux plaqués en arrière et regard calme et fixe.
Ivan Mosjoukine, la vedette du cinéma tsariste dont Koulechov a réutilisé le visage inexpressif. Le public y lisait la faim, le chagrin ou le désir, dans le même plan.Photo: Unknown author · Public domain

Alfred Hitchcock adorait en faire la démonstration. Montre-le en train de plisser les yeux, puis une femme avec un bébé, puis son sourire : c'est un gentil vieux monsieur. Remplace le bébé par une femme en bikini, et le même sourire fait de lui, selon ses mots, un vieux cochon.

L'expérience d'origine reste floue : Koulechov et Poudovkine en ont donné des versions différentes, et aucun film n'en a été retrouvé. Mais des études modernes, dont des examens d'imagerie cérébrale en 2006, confirment l'idée centrale : le contexte autour d'un visage change la façon dont on le lit.

De la légende du cinéma au résultat de labo
  1. 1910–1920

    Koulechov met en évidence l'effet avec le visage de Mosjoukine

  2. 1929

    Poudovkine écrit que le public s'est extasié devant le jeu

  3. 1992

    La réplication de Prince et Hensley ne trouve pas d'effet

  4. 2006

    Une étude d'imagerie cérébrale de Mobbs et ses collègues le trouve

  5. 2016

    Barratt et ses collègues le confirment sur cinq émotions

Quiz

0/3

  1. 1.Dans l'expérience de Koulechov, pourquoi le public voyait-il la faim, le chagrin et le désir sur le visage de Mosjoukine ?
  2. 2.Pourquoi l'étude de Prince et Hensley, en 1992, n'a-t-elle pas trouvé l'effet ?
  3. 3.Qu'en a conclu Koulechov sur ce qui fait la force du cinéma ?

Récap

Un visage veut dire ce que ses voisins lui font dire : le montage et ton cerveau font une bonne partie du jeu d'acteur.

Le fait surprenant · L'expérience d'origine n'a peut-être jamais été filmée telle qu'on la raconte, et la première réplication scientifique, en 1992, a échoué, mais des études ultérieures ont confirmé l'effet.

Sources (1)

Pas de source, pas d'affirmation. Chacun des 19 faits de cette leçon renvoie à au moins une de ces sources.

  1. [1]Kuleshov effect · Wikipedia
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