Pourquoi savoir qu'on participe à une expérience change notre comportement ?
Dans les années 1950, Martin Orne a constaté que, dans la plupart des expériences, les participants disent aux chercheurs ce qu'ils veulent entendre. Le simple fait de se savoir étudié change les résultats.
▶ Lancer l'histoireParce qu'on se met à deviner le sujet de l'étude et à s'y adapter, souvent sans s'en rendre compte. Les psychologues parlent de « caractéristiques de la demande » : un artefact expérimental où les participants se font une idée du but de l'expérience et modifient inconsciemment leur comportement pour s'y conformer. Une cause possible : les participants s'attendent à être évalués d'une façon ou d'une autre, et cherchent à « réussir » l'expérience, par exemple en donnant des réponses qui les font paraître plus responsables, socialement ou moralement.
Les recherches pionnières viennent du psychiatre Martin Orne : son étude des années 1950 a montré que, dans la plupart des expériences, les participants disent aux chercheurs ce qu'ils ont envie d'entendre pour leur faire plaisir. Les chercheurs Weber et Cook ont décrit des rôles que les participants peuvent endosser : le « bon participant », ou effet « pour vous faire plaisir », qui devine l'hypothèse pour la confirmer, sans « gâcher » l'expérience ; le « participant négatif », ou effet « pour vous contrarier », qui la devine pour la saboter ; le « participant fidèle », qui suit les instructions à la lettre ; et le « participant anxieux », tellement inquiet d'être jugé qu'il se comporte de façon socialement désirable.
Étape 1: Bon participant
Devine l'hypothèse et essaie de la confirmer
Étape 2: Participant négatif
Devine l'hypothèse seulement pour la saboter
Étape 3: Participant fidèle
Suit les instructions à la lettre
Étape 4: Participant anxieux
Agit de façon socialement désirable pour éviter d'être jugé
Ces suppositions ne sortent pas de nulle part. Les participants captent des rumeurs circulant avant l'expérience, remarquent l'aménagement du laboratoire, et perçoivent toute communication, verbale ou non, de la part du chercheur, autant d'indices qui peuvent les renseigner sur ce qui est censé être testé.
Orne, également connu pour ses recherches sur l'hypnose, a aussi participé à des procès célèbres. En 1979, il a été témoin au procès de Kenneth Bianchi et a montré que Bianchi avait menti en prétendant avoir plusieurs personnalités pour échapper aux poursuites. Face à un avocat imaginaire présenté par Orne, Bianchi a fait la conversation ; quand le vrai est entré, il a affirmé, déstabilisé, que l'imaginaire avait disparu. Bianchi a plaidé coupable en octobre 1979.
Comme on ne peut pas éliminer complètement les caractéristiques de la demande, les chercheurs essaient de les limiter : en trompant les participants sur la vraie hypothèse, en rendant les mesures discrètes, en utilisant un protocole en double aveugle où même la personne qui mène la séance ignore l'hypothèse, et en demandant ensuite aux participants ce qu'ils pensent avoir deviné du but de l'étude.
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Récap
Dire à quelqu'un qu'il participe à une expérience change son comportement, car il commence à jouer un rôle pour ce qu'il pense que le chercheur veut voir.
Le fait surprenant · Martin Orne, pionnier de l'étude des caractéristiques de la demande, était aussi un chercheur sur l'hypnose qui a démasqué en 1979 les fausses personnalités multiples de Kenneth Bianchi.
Sources (2)
Pas de source, pas d'affirmation. Chacun des 18 faits de cette leçon renvoie à au moins une de ces sources.