Pourquoi certaines langues changent-elles le sens d'un mot avec la hauteur de la voix ?
En mandarin, « ma » peut vouloir dire maman, chanvre, cheval ou gronder, et beaucoup de ces tons sont les fantômes de consonnes disparues il y a des siècles.
▶ Lancer l'histoireToutes les langues se servent de la hauteur de la voix pour exprimer une émotion ou insister, mais dans les langues à tons, la hauteur fait le travail des consonnes et des voyelles : elle distingue les mots. En mandarin, la syllabe ma veut dire « maman », « chanvre », « cheval » ou « gronder » selon son ton, ce qui permet de dire « Māma mà mǎde má ma ? », « Maman gronde-t-elle le chanvre du cheval ? ». Les langues à tons sont courantes en Asie de l'Est et du Sud-Est, dans la plupart de l'Afrique et chez certains peuples autochtones des Amériques.

Pourquoi une langue ferait-elle ça ? Très souvent, les tons sont les restes de consonnes perdues. Dans n'importe quelle langue, une consonne sonore comme b ou d a tendance à rendre la voyelle qui suit un peu plus grave, un détail que personne ne remarque. Si cette sonorité finit par disparaître, la différence de hauteur peut rester et prendre le relais pour distinguer les mots. Les linguistes appellent la naissance des tons la tonogenèse. On pense aujourd'hui que le chinois archaïque n'avait pas de tons du tout, et deux des tons du chinois médiéval sont nés de consonnes finales qui ont disparu.
Ça peut aller vite. Le cherokee parlé en Oklahoma a des tons, celui de Caroline du Nord n'en a pas, alors que les deux communautés n'ont été séparées qu'en 1838. Et c'est peut-être en train de se produire à Séoul : en comparant des enregistrements de 1935 et de 2005, des chercheurs ont vu des oppositions de consonnes du coréen se transformer en différences de hauteur, un changement lancé par des femmes nées dans les années 1950.
Quiz
0/3
Récap
Les tons sont souvent les fantômes de consonnes perdues : la hauteur qu'elles provoquaient reste et prend le relais.
Le fait surprenant · Le coréen de Séoul est peut-être en train d'acquérir des tons, un changement lancé par des femmes nées dans les années 1950.
Sources (3)
Pas de source, pas d'affirmation. Chacun des 22 faits de cette leçon renvoie à au moins une de ces sources.