Qu'est-ce que l'existentialisme, cette philosophie dont les penseurs se disputaient le nom ?
L'homme le plus associé à l'existentialisme a dit non quand on l'a traité d'« existentialiste » en 1945, avant d'adopter l'étiquette quelques semaines plus tard, tandis que celui qui avait inventé le mot a fini par l'abandonner.
▶ Lancer l'histoireEn 1945, le philosophe catholique français Gabriel Marcel a traité Jean-Paul Sartre d'« existentialiste » en face, lors d'un colloque. Sartre a dit non. Quelques semaines plus tard, le 29 octobre 1945, il a changé d'avis et adopté publiquement l'étiquette lors d'une conférence à Paris, un exposé publié ensuite sous le titre L'existentialisme est un humanisme, un court livre qui a contribué à populariser la pensée existentialiste. Pour compléter l'ironie, Marcel, la personne même qui avait inventé le terme, a fini par le rejeter lui aussi, préférant appeler sa propre pensée « néo-socratique ». Et la philosophie qu'ils se disputaient ? Une famille de points de vue sur la lutte de l'individu pour mener une existence authentique malgré l'absurdité apparente de l'existence.
1945 (colloque)
Marcel appelle Sartre existentialiste ; Sartre refuse
29 oct. 1945
Sartre adopte publiquement l'étiquette à Paris
Plus tard
Marcel abandonne lui-même le terme pour « néo-socratique »
Cette origine embrouillée colle parfaitement à une philosophie obsédée par exactement ce genre de problème : comment une personne se définit-elle elle-même. La thèse centrale de Sartre était que l'existence précède l'essence : une personne ne naît pas avec une nature fixe à découvrir, elle existe d'abord, tout simplement, et ne se définit qu'après, à travers ce qu'elle fait réellement. Comme il l'a dit dans sa fameuse conférence : « L'homme d'abord existe, se rencontre, surgit dans le monde, et se définit après. » Il a illustré le chemin inverse, inauthentique, par une image inoubliable : la mauvaise foi, celle d'un garçon de café qui ne fait que jouer le rôle d'« un garçon de café », aussi convaincant soit-il, plutôt que de réellement choisir qui il est.
Albert Camus a poussé le problème du sens encore plus loin, vers quelque chose de plus sombre. Il soutenait que ni le monde ni l'être humain ne sont absurdes en eux-mêmes ; l'absurde n'apparaît que de la rencontre entre les deux, dans l'incompatibilité entre l'être humain et le monde qu'il habite. Il a poussé cette logique jusqu'à sa conclusion la plus extrême dans Le Mythe de Sisyphe, écrivant qu'« il n'y a qu'un problème philosophique vraiment sérieux : c'est le suicide. »
Même l'histoire du mot s'avère empruntée. Kierkegaard, souvent crédité comme le fondateur de l'existentialisme, a sans doute repris le terme « existentiel » non pas de lui-même, mais du poète et critique norvégien Johan Sebastian Cammermeyer Welhaven. Depuis ces débuts embrouillés et contestés, les idées se sont répandues bien au-delà des départements de philosophie, façonnant finalement la théologie, le théâtre, l'art, la littérature et la psychologie.
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Récap
Même les philosophes les plus associés à l'existentialisme se disputaient pour savoir s'il fallait utiliser ce mot.
Le fait surprenant · Jean-Paul Sartre a d'abord refusé d'être qualifié d'« existentialiste » en 1945 avant d'adopter publiquement le terme quelques semaines plus tard, tandis que le philosophe qui avait inventé le mot a fini par l'abandonner lui-même.
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Sources (1)
Pas de source, pas d'affirmation. Chacun des 15 faits de cette leçon renvoie à au moins une de ces sources.