Comment Descartes pensait-il qu'un esprit immatériel pouvait mouvoir un corps ?
En 1643, une princesse a écrit à Descartes pour lui poser la question à laquelle sa philosophie peinait à répondre : si l'esprit n'est qu'une chose qui pense, comment fait-il bouger le corps ?
▶ Lancer l'histoireDescartes pensait qu'un esprit immatériel fait bouger un corps physique par l'intermédiaire d'une seule petite glande bien précise : la glande pinéale, une petite structure au centre du cerveau, entre ses deux hémisphères, qu'il proposait comme le point exact où l'esprit rencontre la chair. Il croyait que l'esprit est une substance non physique, non spatiale, identique à la conscience et à la conscience de soi, et entièrement distincte du cerveau physique, et il fut le premier philosophe occidental attesté à formuler le problème corps-esprit sous la forme qu'il garde encore aujourd'hui.

Mais donner un nom au point de rencontre ne résolvait pas le vrai problème, et la princesse Élisabeth de Bohême l'a poussé exactement là-dessus. Dans une lettre de mai 1643, elle lui demande comment l'âme, qui n'est qu'une substance pensante, peut mouvoir les esprits du corps et produire ainsi des actions volontaires ; peu convaincue par sa réponse, elle lui réécrit. Si l'esprit et le corps sont deux types de substances totalement différents, mental et physique, comment un esprit immatériel peut-il causer quoi que ce soit dans un corps matériel, et inversement ? C'est devenu ce qu'on appelle le problème de l'interactionnisme, et la réponse de Descartes, que cela se produit au niveau de la glande pinéale, n'expliquait pas grand-chose : elle déplaçait simplement le mystère vers un tissu plus petit, puisqu'un esprit immatériel devait encore, d'une manière ou d'une autre, interagir avec cette glande physique.
La théorie était si difficile à défendre que certains disciples de Descartes, comme Arnold Geulincx et Nicolas Malebranche, ont abandonné complètement l'idée d'une interaction directe. Ils ont proposé à la place que l'esprit et le corps n'agissent en réalité jamais l'un sur l'autre ; chaque interaction apparente serait plutôt une occasion pour Dieu d'intervenir directement, coordonnant les deux sans qu'ils ne se touchent jamais vraiment.
Cette séparation entre esprit et corps n'était pas nouvelle avec Descartes, il l'a seulement affinée. Aristote soutenait déjà que les âmes liées au corps périssent à la mort tandis qu'une partie immortelle et raisonnante subsiste, et Platon allait plus loin encore, croyant que l'âme pouvait migrer vers un nouveau corps. Et cette séparation n'a pas pris fin avec les philosophes : le dualisme est resté le modèle de travail de la biomédecine pendant trois siècles après Descartes, et ses traces persistent encore aujourd'hui. Certains chercheurs qui étudient la douleur soutiennent que la diviser en catégories « physique » et « psychologique » reflète une pensée dualiste dépassée et peut nuire aux soins, et une étude sur l'épilepsie en Arabie saoudite a montré que les personnes qui voyaient cette maladie comme spirituelle ou psychologique, plutôt que neurologique, stigmatisaient davantage celles qui en souffraient.
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Récap
Nommer l'endroit où l'esprit rencontre le corps, comme Descartes l'a fait avec la glande pinéale, n'est pas la même chose qu'expliquer comment une chose immatérielle pourrait jamais faire bouger quelque chose de physique.
Le fait surprenant · Certains disciples de Descartes ont conclu que l'esprit et le corps n'agissent jamais vraiment l'un sur l'autre, et que Dieu intervient à chaque fois pour qu'on ait l'impression du contraire.
Sources (2)
Pas de source, pas d'affirmation. Chacun des 17 faits de cette leçon renvoie à au moins une de ces sources.