Comment les linguistes distinguent-ils les vraies langues sœurs des sosies ?
L'anglais « day » et le latin « dies » se ressemblent et veulent dire la même chose (« jour »). Pour un linguiste, ça ne prouve absolument rien.
▶ Lancer l'histoireIls ignorent la ressemblance et cherchent la régularité. Une paire de mots semblables ne prouve rien : l'anglais day et le latin dies se ressemblent et ont le même sens, mais pour les linguistes cette correspondance n'a aucune valeur de preuve. Ce qui compte, c'est qu'un son d'une langue corresponde à un son de l'autre encore et encore, dans beaucoup de mots qui n'ont pas été empruntés. Quand ces correspondances sont assez nombreuses, régulières et systématiques pour exclure le hasard, les langues descendent forcément d'un ancêtre commun. C'est la méthode comparative.
Les sosies sont des pièges. Le d- initial anglais ne correspond pas régulièrement au d- latin : day et dies, c'est donc une coïncidence. L'anglais devil et le latin diabolus se ressemblent, mais seulement parce que tous deux viennent du grec. Tout un vocabulaire peut même tromper : le persan moderne a plus de mots venus de l'arabe que de son propre ancêtre, et pourtant il n'est pas apparenté à l'arabe. À l'inverse, de vrais parents peuvent ne pas se ressembler du tout. Le latin habēre et l'allemand haben veulent tous deux dire « avoir », mais ce sont de faux amis. L'allemand haben et l'anglais have sont en réalité apparentés au latin capere, « saisir », tandis qu'habēre est un cousin de l'anglais give, « donner ».
On a remarqué des ressemblances bien avant d'avoir une méthode. Certains Romains expliquaient la parenté du latin et du grec en imaginant que Rome était une colonie grecque parlant un dialecte abâtardi. En 1786, Sir William Jones, un érudit anglais installé en Inde, a vu que le sanskrit, le grec et le latin se ressemblaient trop pour que ce soit un hasard, et qu'ils devaient avoir une source commune, peut-être disparue. Un siècle plus tard, des savants ont proclamé que les lois phonétiques ne souffrent aucune exception, et cette régularité est devenue le socle de la méthode.
Antiquité
Certains Romains voient dans le latin un grec abâtardi
IXe–Xe s.
Ibn Quraysh compare hébreu, araméen et arabe, et invoque Babel
1786
William Jones : sanskrit, grec et latin ont une source commune disparue
1819–1837
La Deutsche Grammatik de Jacob Grimm
1878
« Les lois phonétiques n'ont pas d'exception »
Quiz
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Récap
Un sosie, c'est de la chance ; un motif qui se répète, c'est de la famille.
Le fait surprenant · L'anglais « day » et le latin « dies », c'est une coïncidence, alors que le t- anglais correspond régulièrement au d- latin.
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Sources (2)
Pas de source, pas d'affirmation. Chacun des 21 faits de cette leçon renvoie à au moins une de ces sources.